Je me rappelle de cette conversation avec un ami, un soir où il était tard et qu’on tentait pour la 2 000ème fois de l’année, un Glenfiddish 18 years olded à la main, de refaire le monde. Un monde à notre façon. Dans lequel la vie serait moins hostile. Où on ne risquerait pas de s’écorcher le coeur toutes les 2 minutes. Où on ramasserait les morceaux de verre brisés d’un cadre photo balancé de rage, ou ceux d’une vaisselle jetée à la tête lors d’une scène de ménage, pour en faire des éclats de rire. Oh oui, on a ri, de nos rêves, de notre stupidité bon enfant, en s’interrogeant sur le nombre de personnes qui étaient en train de penser ou dire la même chose que nous, là, tout de suite.
Et puis de l’utopie, de l’absurde, nous sommes revenus à la réalité. Aussi rapidement qu’on s’en était éloigné. Et c’est là qu’il m’a demandé. Droit dans les yeux.
“Dis moi sincèrement, Lizzie, quand est-ce que tu rouvrira ton coeur de nouveau ? Ça fait 3 mois pour l’un, 1 an et quelques pour l’autre, et toi tu cries à qui veut l’entendre que non, tu n’aimera plus jamais. Alors, c’est quand que tu enlèvera le panneau “do not disturb” dans le fond de toi ?”
- Plus jamais.
- Putain, je t’ai vu souffrir, je t’ai vu avec la haine dans les yeux que j’en ai même flippé pour tes ennemis, toi, la madame anti-violence par excellence ! Et je t’ai vu rire. Rire de bonheur. Rire sincèrement, sans ironie, sans sarcasme… Et je t’ai vu amoureuse. Tu es bien plus jolie quand tu aimes.
- Et bah désolé de te décevoir mais je préfère être moche.
- Sois sérieuse deux secondes, merde ! Marre que tu t’échappes tout le temps dans l’auto-dérision.
- Mais tu veux que je te dise quoi bordel ? Ce que tu sais déjà ? Que j’ai pas envie prendre le risque de m’ouvrir à quelqu’un parce que j’ai peur de morfler encore une fois ? Que je préfère me faire souffrir de la solitude que j’aurais choisi, plutôt que d’avoir mal à cause d’un autre ?
- Un choix mon cul ouais ! Tu la subis ta solitude. Même pas tu la dégustes.
- Bah oui écoute, faute de mieux on fait avec ce qu’on a. Et moi, je n’ai plus que ça. Tu crois que c’est pas dur de rentrer seule chez toi et de voir le vide ? Tu crois que je ne souffre pas de devoir mentir à la terre entière quant à mes motivations sur mon célibat ? Oui j’ai une peur bleue de la souffrance, oui j’aimerais rencontrer une personne qui me fasse oublier cette putain de peur qui me paralyse. Tu peux appeler ça de la lâcheté. Soit ! Pour moi c’est juste l’instinct de survie.
- Tu fais chier grave ! Tu le sais qu’on est pas tous pareils. Tu l’as dit toi même, faut pas généraliser.
- Ah oui je sais, mais faut pas écouter ce que je dis quand j’ai bu. En même temps je tombe que sur les mauvais. Remarque j’ai jamais eu de chance aux jeux de hasard. Et puis, imagine juste une seconde que je tombe sur le bon. Le mec il m’aime toussa toussa hein genre Cendrillon, la belle vie, mariés 3 gamins… Tu crois vraiment qu’il supportera mes cauchemars et mes doutes ? Ce que je réussirai à faire, c’est soit le faire fuir, soit lui faire du mal. Et je préfère 1 000 fois rester seule que de blesser quelqu’un. Parce que je sais ce que c’est que d’être responsable de la déchéance de quelqu’un, et égoïstement ça te fais encore plus mal. Non, je n’ai ni envie de souffrir, ni faire souffrir. Maintenant t’es gentil, tu me lâches la grappe et tu me laisses profiter de la soirée. Discussion close.
- Putain ce que tu peux être casse-couille. Je te dis que le mec qui va te trouver, il en aura du fil à retordre à dresser une sauvage comme toi ! Ok, tu veux clore la discussion. Soit. Je te connais, tu vas me sortir des “oui mais” à tout bout de champs et on va s’embrouiller. Mais laisse moi te dire une dernière chose avant. La vie c’est une putain de série d’épreuves… Toi même tu sais, on reviendra pas dessus. Et toi, tu serais prête à abandonner le peu de joie qu’elle nous procure sous prétexte que ça fait trop mal ? Mais vivre c’est prendre des risques ma chérie ! Sans risque, pas d’adrénaline, pas de fierté d’avoir accomplis un truc de ouf qui te tient à coeur. Tu l’as jamais fait peut-être hein ? Et en rejoignant l’autre naze, t’en as pas pris des risques tu penses ? Bah si, t’as tout quitté et ouais t’en a bavé après mais tu l’as vécu au moins ce moment ! Aimer, ouais ça peut faire mal… et des fois, non. Et puis, tu la vois comment la fin de ta vie justement ? Tu te vois regretter ? Te dire putain merde j’aurais du y aller, j’avais rien à perdre sauf ma fierté à deux balles ? Putain Lizzie dis moi ce que c’est par rapport au bonheur éventuel qui peut en découler hein ! Bah moi désolé mais je trouve con de renoncer à tout ça. Parce que même si c’est peu, c’est ce qui me permet de tenir le coup pour le reste. Le mauvais. Arrête de survivre sur des “si”… “Et si je morflais encore”… “Et si je lui faisait du mal”. Vis. Simplement.
- Ouais ouais, j’en parlerai à mon cheval…
- Raaa putain tu fais chier merde ! Ressers-moi un whisky, que j’oublie à quel point tu peux être conne des fois.”
Cette conversation, je m’en souviens pratiquement mot pour mot. Je ne sais pas à quel moment précis elle a fait irruption dans mon conscient après 4 mois d’errance. Non, je ne sais pas. Sans doute au moment ou la copine qui essayait de me consoler m’a suggéré de regarder les choses sous un angle différent. De me placer, deux secondes, de l’autre coté du miroir… Et là, j’ai vu ce que la douleur m’empechait de voir.
Je suis sortie, après avoir ri, pleuré, encore ri, mangé, et encore pleuré. Et j’ai séché mes larmes. Parce que je me sentais mieux.
Parce que ce soir, j’ai compris quelque chose. Sur moi… Mais pas seulement…
Pas encore de blabla
Allez, dis moi tout
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